Les cinq reniements du remaniement

Lundi 15 novembre 2010 à 9h01

Tout est étrange, dans ce remaniement. La reconduite de Fillon, la manière, le timing – jusque dans cette accélération de dernière minute, qui ne fera pas oublier la paralysie des 5 derniers mois. Mais s’il laisse l’avenir mystérieux, il éclaire d’un jour étonnant,  en creux, les trois premières années et demie du quinquennat. Comme si Nicolas Sarkozy – une fois n’est pas coutume – avait décidé de surligner ses propres échecs et de les corriger. Avec le remaniement, le coq gaulois a chanté cinq fois.

1-     Après l’ouverture, la fermeture

Pourquoi avoir fait l’ouverture, et qu’en reste-t-il ? Rien. Hirsch s’étant éjecté de lui-même, Besson dissous dans l’UMP, Kouchner est maintenant viré. Le message politique du « Président de tous les Français » est donc réduit à néant. La droite classique exulte, mais il reste les inconvénients de cette politique : les postes clés distribués, dans l’appareil d’Etat, aux ennemis du clan reconstitué (du président de la commission des affaires économiques à la cour des comptes en passant par le Conseil constitutionnel)

2-     Après la diversité, l’homogénéité

Exit, le casting de rêve du premier gouvernement Fillon. Après l’exfiltration de Rachida Dati, en juin 2009, voici maintenant Fadela Amara seule victime d’un échec pourtant largement partagé, et Rama Yade renvoyée à Colombes. La promotion de Nora Berra et l’arrivée de Jannette Bougrabh sont de maigres compensations. Visiblement, la méthode des quotas n’a pas marché… le PS va pouvoir reprendre l’avance qu’il avait perdue, sur ce terrain.

3-     Après la collaboration, la cohabitation

Le « collaborateur » du Président peut savourer sa victoire. Comme le dit joliment La Tribune, il devient « l’hyper premier ministre », forçant Sarkozy à une forme de cohabitation intérieure à la droite.  “Fillon choisit Sarko”, plaisante Libération.  En avouant qu’il est proprement irremplaçable, Sarkozy lui donne un poids qu’il s’est pourtant appliqué à lui dénier. Il fait ainsi passer Matignon de l’enfer au paradis.

4-     Après le vivier, le tamis

En annonçant imprudemment un remaniement sanction, en pleine tourmente de l’affaire Bettencourt – pour « tirer les conséquences du comportement de certains ministres » – Sarko pensait avoir devant lui un vaste champ de possibles. Que de talents la droite nourrissait-elle en son sein ! Cinq mois plus tard, tous les prétendants ont explosé en vol. Ni Alliot-Marie, touchée coulée par l’affaire David Sénat, ni Borloo, dégât collatéral des grèves de raffinerie, ni Le Maire, trop peu politique, ni Baroin, trop dilettante : il restait donc Fillon, qu’on n’aurait pas imaginé si excellent savonneur de toutes les planches alternatives… Passé au tamis, le vivier de talents manque sérieusement de pépites !

5-     Après le soutien, le lâchage

Pourquoi avoir soutenu désespérément Eric Woerth, quand l’affaire Bettencourt phagocytait la réforme des retraites, pour le lâcher aujourd’hui ? On connaît déjà l’argument des pros de la « com » : le président ne voulait pas agir à chaud, sous pression, etc… Résultat : il légitime a posteriori la défiance des syndicats et de l’opinion publique.

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2 Réponses à “Les cinq reniements du remaniement”

  1. AlexM dit :

    Le titre de Libération était plus précis encore que “Fillon choisit Sarkozy” : c’était “Fillon conserve Sarkozy”.

  2. Caroline Brun dit :

    Oui, merci Alexandre, je n’avais pas la Une sous les yeux, juste le souvenir de sa présentation la veille à la télé. Voilà ce que c’est de ne pas vérifier…

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