Drôle de guerre

Vendredi 24 septembre 2010 à 10h55





Dessin de Pierre Colin Thibert


Et si on avait une overdose de références déplacées à la deuxième guerre mondiale ? Je ne parle même pas de Viviane Reding, qui a dû manger son chapeau, à peine avait-elle lâché l’historique comparaison entre l’expulsion des Roms et la Déportation. Non, je parle de ces métaphores banalisées, au fil des émissions politiques – souvent le week-end, sans que l’on sache si la fin de semaine favorise le relâchement des neurones ou la réflexion cérébrale. Des petites phrases aux reprises assurées, des bons mots qui font sourire les commentateurs patentés, des allusions finaudes aux heures tragiques de notre histoire, celles qu’on n’a pas vécues mais dont on flaire les relents, comme si on y était.

Citons, parmi tant d’autres, le “climat très pourri et très Vichy” de Pierre Moscovici, ou la “France martyrisée” de Ségolène Royal. Arrêtons-nous quelques instants sur le discours d’Arcueil d’une Ségolène requinquée par sa remise en selle, et transfigurée par le souffle de l’histoire. Que nous rappelle précisément son expression ? “Paris ! Paris outragé ! Paris brisé ! Paris martyrisé ! Mais Paris libéré !” Ségolène se prend pour De Gaulle qui va libérer la France. Ce n’est pas seulement un dérapage verbal, c’est un axe de communication politique qu’elle va développer, lançant un “appel à la Résistance”…

On dira que c’est la réponse du berger à la bergère, plusieurs caciques de la droite s’étant eux-mêmes  illustrés en dénonçant les “trotsko-fascistes”  des années 30 et “l’odeur nauséabonde” qui imprègne le débat politique. Même Alain Minc s’est distingué, à propos de Benoît XVI : “On peut discuter (de) ce que l’on veut sur l’affaire des Roms, mais pas un pape allemand.”

Si l’on pouvait laisser en paix les mânes de la seconde guerre mondiale et s’intéresser aux guerres du moment – le terrorisme, par exemple – le débat d’idées y gagnerait sans doute quelques galons. Sarkozy n’est pas “l’ennemi de l’intérieur”, il est l’adversaire politique de la gauche. A combattre avec des armes d’aujourd’hui.



Partager:
  • Print
  • Facebook
  • LinkedIn
  • Google Bookmarks
  • del.icio.us
  • Twitter
  • Wikio

Une réponse à “Drôle de guerre”

Laisser un commentaire