Et maintenant, le Woerthgate…

Mardi 14 septembre 2010 à 17h42

Woerthgate, comme dit la gauche, ou Sarkogate, comme dit Eva Joly ? Les grands mots sont lancés. Telle une poupée russe, l’affaire Woerth-Bettencourt n’en finit pas de se démultiplier. Maintenant, c’est le délit d’atteinte à la liberté de la presse qui est en cause. Ce n’est sans doute pas le volet qui fera le plus de dégâts chez l’électeur “lambda” – tant on se moque comme d’une guigne des journalistes, de leurs droits et des conditions d’exercice de leur métier. Mais c’est certainement celui qui générera le plus de “bruit médiatique”, soudant la presse, les intellectuels et l’opposition en une sorte d’union sacrée autour des valeurs de la démocratie.

Ce qui frappe, c’est la disproportion entre la cause et les conséquences. Que le pouvoir cherche à savoir qui “balance” aux journalistes, surtout quand il s’agit de violation du secret de l’instruction, n’est ni nouveau, ni scandaleux. Tous les gouvernements l’ont fait. Remonter à la source des fuites, traquer les taupes, faire la chasse aux beaux parleurs, dans les cabinets, fait partie de l’exercice du pouvoir. Ce n’est pas du maccarthysme, c’est du pragmatisme. Les journalistes d’investigation les plus malins contournent cet écueil, notamment en appelant rarement leurs sources avec leurs propres portables…

Ce qui est étonnant, dans la filature téléphonique du conseiller de Michèle Alliot Marie, c’est la démesure des moyens mis en oeuvre. Le contre-espionnage français, rien de moins ! Alors qu’on nous expliquait encore, il y a quelques jours, que la menace terroriste était très élevée, et le plan Vigipirate rouge écarlate… Malgré cela, des agents du renseignement ont pris le temps de vérifier que M. Sénat (le “traitre-magistrat”) appelait un peu trop fréquemment Le Monde. Et comme dans un film, le voilà banni à Cayenne !

Peu importe, finalement, que le donneur d’ordre soit l’Elysée ou que l’initiative vienne d’ailleurs. Tout cela frise le ridicule et ne sent, décidément, pas bon. Rétrospectivement, on se dit que si Sarkozy s’était appliqué à lui-même le sacro-saint principe de précaution, en suspendant Woerth dès le début de l’affaire (cf. notre billet du 30 juin “Faut-il sauver le soldat Woerth”), il serait un peu moins sur la défensive, aujourd’hui.


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