Dans la tête de Sarko

Vendredi 27 août 2010 à 12h47


Au fond, qu’est-ce que Nicolas Sarkozy a cherché avec l’affaire des Roms ? Et quel est précisément le rapport “coût/avantage” qu’il tire de cette séquence, au-delà des émotions, des outrances et des jugements moraux ?

1- Occuper le terrain tout l’été

Pari réussi

2- Faire passer l’affaire Woerth/Bettancourt au second plan

Pari globalement réussi, même si la complexité des procédures en cours et le calendrier judiciaire forment un millefeuille dont on croquera les couches tout l’automne. Mais avouons-le : l’affaire commence à lasser. Le seul volet vraiment intéressant, celui d’un éventuel financement politique occulte, est évidemment celui qui n’aboutira pas, faute de preuves. Reste la légion d’honneur de Maistre, maigre lot de consolation… Ce n’est ni la première ni la dernière décoration dont l’attribution laisse rêveur : à quel titre ? pour quel mérite ?

3- Sonner le début de la reconquête clientéliste, en commençant par la droite de la droite

Pour qu’il ne reste pas à l’état d’imprécation,  le discours de Grenoble devait être incarné, concrétisé. Les Roms étaient la cible idéale. Véritable plaie des élus locaux, candidats faciles au retour moyennant quelques centaines d’euros (avant l’été, ils représentaient déjà un bon tiers des expulsions)… ils ont permis à Sarko de reprendre le rôle de celui “qui fait ce que personne n’ose faire”.

Bilan plus favorable qu’on ne le dit dans les sondages (notamment sur les segments de population visés)… mais énormes dégâts collatéraux ! Sarko n’avait prévu ni la surenchère des zozos zélés de son camp, ni l’ampleur de l’indignation nationale et internationale soulevées. Les critiques fusant de ses ennemis, y compris de droite (Villepin, Boutin,…) étaient attendues. Celles des “sages” comme Juppé, Raffarin, et des autorités morales ou ecclésiastiques, le Pape compris, beaucoup moins.

Dans l’affaire, Sarko a perdu beaucoup plus qu’il n’a gagné, permettant même à son premier ministre de jouer les pères de la nation… Tous ses efforts de “représidentialisation”, entrepris depuis quelques mois, en sont ainsi anéantis.

Après les électeurs tentés par le vote frontiste, le président va s’attaquer méthodiquement à tous les déçus du sarkozysme qui, sans aller jusqu’à voter à gauche, pourraient sérieusement gonfler les rangs des abstentionnistes, au premier tour de la présidentielle. Sont prévus : les agriculteurs, les médecins, les patrons de PME…

Sarko confirme ainsi sa vision communautariste de la société française, à laquelle répond une tactique politique classiquement clientéliste. Pour lui,  la France est avant tout une mosaïque d’intérêts particuliers. Mais attention: parfois, l’intérêt général se rebiffe !

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