Jeux de rôles, jeux de vilains

Jeudi 24 juin 2010 à 9h44

De la main de Thierry Henry à l’inimaginable mutinerie des fils de … foot, en passant par la convocation de Thierry Henry à l’Elysée, la triste saga des Bleus n’en finit pas de monopoliser l’attention. Au point qu’elle a bien failli éclipser le sujet qui devait dominer l’actualité, cette semaine : la grève contre la réforme des retraites. Nous y sommes donc. Curieusement, les roulements de tambour syndicaux n’ont pas transformé le grondement des salariés en symphonie des mécontents. Cela ne veut pas dire qu’il n’y aura pas de monde dans les rues, aujourd’hui : il y en aura même sans doute beaucoup.

Mais alors que la réforme concerne tout le monde, justement, ce sont d’abord les moins durement frappés qui vont défiler. Les salariés des transports publics, d’abord – ceux dont les régimes spéciaux ont été (provisoirement) protégés. Les fonctionnaires en général, qui, sans être exemptés du tour de vis, conservent de manière homothétique leurs avantages par rapport aux salariés du privé. Et puis, il y aura, bien sûr, les ouvriers du Livre, qui priveront les Français des journaux qu’ils lisent déjà de moins en moins. Parce que le jour où la CGT n’arrivera pas à les mobiliser, la terre ne tournera plus rond… Tout cela semble tellement convenu qu’on a du mal à se sentir concerné par cette énième grève “par procuration.”

C’est sans doute parce que l’organisation des jeux de rôle y paraît trop transparente. D’un côté, les syndicats et la gauche qui poussent des cris d’orfraie: non seulement c’est Mitterrand qu’on assassine, mais c’est aussi Germinal qu’on ressuscite. On nous décrit le peuple laborieux arrivant exsangue à 60 ans à qui l’on donne le coup de grâce en l’obligeant à travailler deux ans de plus. “Criminels!”, fustigent les uns et les autres. Comme si l’amélioration des conditions de travail et de niveau de vie, sur le long terme,  n’expliquaient pas en partie les évolutions démographiques qui rendent obligatoire la réforme des retraites… Bref, on nous livre une vision caricaturale du monde du travail héritée du XIXème siècle, au lieu de nous dire simplement que “l’ère des loisirs” s’étant imposée au XXème siècle, il n’est guère plaisant de placer le XXIème siècle sous le signe du “travailler plus”.

Jeux de rôle du côté du pouvoir, aussi, qui nous vend cette réforme comme si elle faisait table rase du passé et garantissait l’avenir ad aeternam vitam. Bref, elle serait aussi capitale, dans l’ordre social, que le fut la création de la Vème République, dans l’ordre politique ! Caricature, là encore. En essayant d’obtenir le compromis – ce qu’on ne saurait lui reprocher -, le gouvernement a ménagé la chèvre et le chou sur de nombreux points, rendant inévitable un nouveau rendez-vous retraites d’ici une dizaine d’années. Les Français ne sont pas dupes. Juste un peu fatigués de toute cette théâtralisation.



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