Aubry, Sarko, Madoff et Pavlov

Lundi 31 mai 2010 à 10h44

Comparer le Président Sarkozy à l’escroc Madoff a, bien sûr, déclenché un réflexe pavlovien à droite : aboiement généralisé et défense du maître. Pouvait-il en être autrement ? Mais Martine Aubry a-t-elle mesuré l’effet boomerang de son propos, au-delà du bruit médiatique intense qu’elle a provoqué ? En une phrase, la patronne du PS a commis au moins quatre erreurs.

1- Représidentialiser, en creux, Nicolas Sarkozy. On sait que l’injure abaisse toujours celui qui la profère, pas celui qui la reçoit. Il en sort même grandi, en général. En insultant la personne, Martine Aubry a aussi attaqué la fonction. Les Français détestent -  ce qui ne les empêche pas de critiquer ou de renier leurs propres choix.  L’Elysée s’est bien gardé de répondre, imposant une distance olympienne au débat. De minimis non curat praetor… En clair, le “casse-toi, pauvre con” a changé de camp, grâce à cette boutade malheureuse.

2- Relancer son image sectaire. Bien sûr, Aubry ne s’excusera pas. Ce serait à la fois contraire à son caractère et injustifié, selon elle. Elle ranime ainsi ses vieux démons : la première secrétaire du PS ne reconnaît jamais ses torts, quitte à tordre la vérité pour rester “droite dans ses bottes”. On l’a vu avec les 35 heures, dont elle n’accepte aucune critique rétroactive. Même réflexe sur l’héritage mitterrandien : le droit d’inventaire n’est toujours pas ouvert. Sarkozy ayant commis le crime de lèse-majesté de critiquer les conséquences de la retraite à 60 ans décidée par l’ancien président socialiste, Aubry considère que sa riposte est légitime.

3- Brouiller le message riches/pauvres du PS. Comparer Nicolas Sarkozy à Madoff est totalement contre-productif, sur le plan symbolique : l’escroc américain a plumé…  les riches, alors que le PS ne cesse de dire que le Président rend les riches plus riches et les pauvres plus pauvres. Soit Sarko fait “la politique de ses amis du CAC 40″, selon l’antienne répétée à l’envi par les leaders socialistes, soit il escroque les grandes fortunes. Au choix. Mais il ne saurait faire l’un et l’autre…

4- Permettre à Ségolène Royal de rentrer dans le jeu à peu de frais. En tacticienne prompte à la détente, la patronne du Poitou-Charentes a saisi la balle au bond dès ce week-end. Alors que certains leaders socialistes se désolidarisaient de Martine Aubry, elle a créé la surprise en venant à la rescousse de son ex-rivale. Pour faire une offre de service très intéressée, bien sûr : isolée depuis les régionales, Royal veut faire partie du tiercé gagnant de 2012. Dans l’ordre ou dans le désordre, peu lui importe.

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