Pourquoi on n’a cure du care

Mardi 18 mai 2010 à 10h53



"La rose pourpre du care" (Luc Ferry)



La droite n’a pas besoin de monter au créneau pour démonter le “care” cher à Martine Aubry: la gauche s’en charge très bien toute seule. Depuis que la première secrétaire du PS a lancé le terme emprunté aux néo-féministes américaines comme socle du futur programme socialiste, tout le  monde ricane et cancane rue de Solférino. Jack Lang se gausse, Manuel Valls parle “d’erreur profonde”, tandis que le sénateur François Patriat ironise en rappelant que “pour les gens” – sous-entendu, les “vrais gens” – le “care”, c’est la capitale de l’Egypte. Preuve qu’en donnant une leçon de philosophie, on peut récolter un cours de géographie. Ambiance…

Au-delà des querelles intestines entre cadors du PS, il faut bien reconnaître que cette notion de “care” est quand même moins facile à comprendre que le programme commun… Listons ses trois péchés originels :

1- Le terme est intraduisible. Dans un pays comme la France, où l’on parle si peu et si mal les langues étrangères, c’est un réel stigmate. Pour embellir l’image, Martine Aubry parle de société du “bien-être”, voire de société du bonheur. Mais la traduction exacte de la société du “care”, c’est la société du “soin”. Nettement moins onirique… Quoi que l’on fasse, le soin renvoie d’abord à la maladie ; puis à la petite enfance. Plébisciter le “care”, c’est donc se penser comme malade et/ou infantile. Immature, donc : il faut que l’Etat nous prenne par la main. La philosophie du “biberonnage”, s’amusait ce matin Eric Woerth sur Europe 1.  Assez différent du “welfare state” où l’Etat providence servait de filet de sécurité. On vous rattrapait en cas de pépin. Là, on ne vous laisse pas traverser la rue tout seul…

2- Le concept est anglo-saxon. Déjà, on se dit qu’il n’est pas adapté au modèle français. Bien sûr, Obama nous fait toujours rêver… Il a réussi, après moult difficultés,  à imposer une forme de sécurité sociale aux Américains… ce que nous avons depuis 65 ans ! On reprochera ainsi aisément aux adeptes de gauche du “care” ce qu’on a détesté dans les thèses néo-libérales de droite des années 80 : être une théorie importée peu compatible avec les spécificités françaises. Ce qui participe à l’étrangeté (au sens étymologique du terme) de cette idée tombée dans le débat public comme un cheveu sur la soupe.

3- La philosophie divise les féministes. Revendiquer une inspiration néo-féministe aurait pu être habile, renvoyant la droite à son machisme et à l’échec effectif de la parité. Mais le naturalisme qui sous-tend la Bible de Carol Gilligan (Une voix différente) pourrait mettre Elisabeth Badinter dans tous ses états ! Soutenir ainsi que la “sollicitude” (autre traduction possible du “care”) est une vertu essentiellement féminine, évidemment liée à la maternité, revient à faire d’Edwige Antier le porte-parole possible de cette nouvelle éthique.  Un débat dans le débat en perspective…



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