La grève la plus nulle

Jeudi 22 avril 2010 à 9h51

La grève s’est donc achevée à la SNCF, après quinze jours de pagaille et de désorganisation. Une de plus, dira-t-on, blasé. Pas tout à fait. Celle-ci a en effet à la fois quelque chose de plus et quelque chose de moins que les autres.

Quelque chose de plus ? L’emmerdement maximum qu’elle a généré auprès de ses clients était naturellement lié au calendrier de la grève, à cheval sur les vacances scolaires de plusieurs zones. Cela faisait partie, bien sûr, du rapport de force. Droit de grève contre droit aux congés payés, le choc n’est pas nouveau. Ce qu’il y a eu de plus, par rapport au  classique chantage au transport des vacanciers, c’est l’éruption du volcan islandais.

Face à la zizanie que ce phénomène exceptionnel a semée, paralysant le ciel européen, on aurait pu s’attendre à une réaction exceptionnelle des syndicats grévistes : cas de force majeure, donc, suspension et report de la grève. Qu’au moins on puisse bouger en France, à défaut de pouvoir partir à l’étranger et surtout en revenir. On aurait tous tiré un coup de chapeau aux cheminots solidaires, et on aurait même cherché à comprendre les motifs pour le moins confus du conflit. Bref, on se serait tous sentis Cégétistes… Mais non ! La loi de l’autisme l’a emporté. Ne tenant compte ni de l’environnement, ni du contexte, le leader de la CGT, Didier Le Reste, est resté droit dans ses bottes, savourant l’effet papillon d’un pays sans avion, sans train, et rapidement sans voiture de location…

Quelque chose de moins ? Le plus étonnant est que cette grève aux effets maximaux n’a rien rapporté à ceux qui l’ont conduite ! Pour ne pas montrer qu’elle rentrait bredouille, la CGT s’est gargarisée d’avancées sur l’emploi… aussitôt démenties par les syndicats non grévistes. Contre toute attente, la direction a tenu. Il est vrai que lorsqu’on annonce près d’un milliard d’euros de pertes, sur 2009, on n’en est plus à quelques dizaines de millions près, en 2010. La CGT a donc joué, et perdu. Les salariés de la SNCF s’en souviendront sans doute aux prochaines élections professionnelles. En attendant, cette grève, à la fois ultra pénalisante, et ultra inefficace, est bien la plus nulle depuis 1995.

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2 Réponses à “La grève la plus nulle”

  1. stephane z dit :

    La fermeture de l’espace aérien européen a éclipsé la grève dans la conscience collective. Il est plus préoccupant d’assister à un arrêt complet du transport aérien qu’à un arrêt partiel du transport ferroviaire, avec tout de même la majorité des liaisons grandes lignes qui fonctionnaient, des trains qui ont majoritairement été maintenus en proximité de Paris par exemple. L’interruption du trafic aérien a à la fois affecté des distances plus grandes, avec des conséquences plus graves et aucun contournement possible ou presque, et a été générale. J’ai eu dix proches ou amis privés de vacances par le volcan, contre une collègue qui n’a pu se rendre au travail par le train ! La conséquence la plus sérieuse est peut être que l’on n’ait pu contourner le volcan par Marseille, la grève SNCF étant particulièrement suivie dans le sud-est !

    On dit qu’un clou chasse l’autre, peut être en va-t-il de même du corps social, un embarras plus sérieux fait oublier un embarras moins sérieux. Avec l’atténuation de la conscience collective de l’effet, le rapport de force est d’autant moins à l’avantage des grévistes.

  2. colin dit :

    Il est pas mal le dessin ! Personne ne l’a signé ?…

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